Taraudage : tout ce qui se décide avant de lancer le taraud

Le taraudage crée un filet à l'intérieur d'un trou pour recevoir une vis. Il se décide avant l'usinage : le diamètre de perçage se déduit du pas par la formule D moins P, la vitesse dépend de la matière, et le type de taraud dépend du fait que le trou soit débouchant ou borgne.

Le taraudage est l'opération qui donne son filet à un trou, pour qu'une vis puisse s'y visser. C'est un geste banal, et c'est aussi celui qui casse le plus d'outils en fond de course, parce qu'il se joue presque entièrement avant que le taraud n'entre dans la pièce.

Cette page couvre tout ce qui se décide avant, pendant et après : la géométrie du filet, le calcul du diamètre de perçage, le choix du taraud selon le trou et la matière, la lubrification, le contrôle du filet obtenu, et les quatre causes de casse.

La géométrie d'un filet métrique, en trois grandeurs

Tout le reste en découle, donc autant les poser.

  • D, le diamètre nominal. Le chiffre qui suit le M. C'est le diamètre extérieur de la vis, et le diamètre au fond du filet dans le trou.
  • P, le pas. La distance dont la vis avance en un tour. C'est lui qui commande à peu près tout.
  • D1, le diamètre intérieur du filet femelle. Le sommet des filets qui restent dans le trou, donc le plus petit diamètre que rencontre la vis.

Le profil métrique ISO a un angle de flanc de 60 degrés. De cette géométrie on tire directement le diamètre intérieur théorique :

D1 = D − 1,0825 × P

Vérifions sur trois filetages courants. Pour du M8 à pas gros, 8 moins 1,0825 fois 1,25 donne 6,647. Pour du M10, 8,376. Pour du M12, 10,106. Ce sont exactement les valeurs des tables normalisées, au millième près.

Valeurs recoupées le 3 août 2026 sur la table publiée du filetage métrique ISO, qui référence la norme ISO 261, puis recalculées par la formule ci-dessus pour chaque ligne. Filetage métrique, table de référence

Ce qui se décide avant

Trois choses conditionnent le résultat, et les trois se choisissent en préparation :

  1. Le diamètre du trou. Il se déduit du pas, pas du diamètre nominal. Un trou trop petit casse le taraud, un trou trop grand fait un filet qui ne tient pas.
  2. Le type de taraud. Un trou débouchant et un trou borgne n'appellent pas la même géométrie : dans un cas on pousse le copeau devant, dans l'autre on le remonte.
  3. La matière. L'inox, la fonte et l'aluminium ne se comportent pas pareil au taraudage, et ce n'est pas une question de vitesse seulement.
Coupe d'un trou taraudé : diamètre de perçage et diamètre nominal Vue en coupe. Le foret ouvre le trou au diamètre le plus petit. Le taraud creuse ensuite la gorge du filet vers l'extérieur, jusqu'au diamètre nominal. L'écart entre les deux vaut le pas. Ø foret Ø nominal D pas P matière matière
Le foret ouvre le trou au plus petit diamètre. Le taraud creuse ensuite la gorge vers l'extérieur, jusqu'au diamètre nominal. L'écart entre les deux cotes vaut le pas, et c'est pour ça que le foret se déduit du pas et de rien d'autre.

Le diamètre de perçage

La règle d'atelier tient en cinq caractères :

Ø trou = D − P

Pour du M10 à pas gros, le pas vaut 1,5 mm, donc le trou fait 8,5 mm. Pour du M8, pas de 1,25, le calcul donne 6,75 et on prend le foret normalisé de 6,8. Pour du M6, 5 mm tout rond.

Cette règle ne vise pas le filet le plus haut possible, et c'est délibéré. En perçant à D moins P, on laisse un filet légèrement moins profond que le maximum géométrique. La résistance à l'arrachement n'en souffre presque pas, alors que le couple de taraudage, lui, chute nettement. Chercher le filet complet double l'effort demandé au taraud pour un gain de tenue marginal, et c'est la première façon de casser des outils sans rien gagner.

Sur le compromis entre taux de filet, tenue et couple, voir la synthèse de praticiens : guide des standards de filetage

Le détail chiffré, du M3 au M24, est dans la table des diamètres de perçage.

Choisir le taraud : trois géométries, trois usages

Tous les tarauds se ressemblent de loin, et ils ne font pas le même travail. La différence tient à ce que chacun fait du copeau, et elle se décide selon que le trou débouche ou non.

Goujure hélicoïdale

Pour : les trous borgnes.

L'hélice remonte le copeau vers l'entrée du trou, comme une vis d'Archimède. Le fond reste dégagé.

Entrée à coupe biseautée

Pour : les trous débouchants.

Le copeau est poussé devant l'outil et sort de l'autre côté. Rien ne remonte, rien ne s'accumule.

Taraud à refouler

Pour : les matières ductiles, en série.

Il ne coupe pas : il forme le filet en refoulant la matière. Aucun copeau, mais un trou de départ plus grand.

À cela s'ajoute la longueur de l'entrée conique, les premiers filets qui ne coupent pas à pleine hauteur. Une entrée longue attaque en douceur mais mange de la profondeur utile en fond de trou borgne ; une entrée courte permet de tarauder plus près du fond mais demande davantage à la machine dès le premier tour. C'est un arbitrage, pas une préférence.

Le détail du taraudage par déformation et celui du taraudage à la machine ont chacun leur page.

Le trou borgne, là où presque tout se joue

Un trou débouchant pardonne beaucoup. Le trou borgne, non, et pour une raison simple : le copeau n'a qu'une sortie, celle par laquelle le taraud est entré.

Deux réserves sont à prévoir dès le perçage. La première, sous le dernier filet utile, pour que l'entrée conique du taraud ait la place de dépasser sans toucher le fond. La seconde, pour le copeau lui-même, qui doit pouvoir s'accumuler quelque part sans venir bloquer la remontée. Ces deux réserves se cumulent, et elles se décident au moment où l'on choisit la profondeur de perçage, pas au moment de tarauder.

La conséquence pratique : un plan qui demande dix millimètres de filet utile n'autorise pas un trou de dix millimètres. Il en faut quelques millimètres au-delà, et ce nombre dépend du taraud retenu.

La lubrification n'est pas un détail de confort

Au taraudage, l'outil est engagé sur toute sa longueur taillante et il travaille dans un trou fermé. La chaleur ne part pas, et le copeau frotte contre le filet qui vient d'être créé. Un taraudage à sec sur de l'acier ou de l'inox use l'arête beaucoup plus vite qu'un perçage à sec équivalent.

Le lubrifiant a ici deux rôles distincts, et le second est le plus important : refroidir, et surtout empêcher le copeau de coller à l'outil. C'est pour ça qu'une huile entière de taraudage fait souvent mieux qu'une émulsion sur les matières difficiles, alors que l'émulsion suffit largement au perçage.

La fonte grise est l'exception, et elle est logique : son copeau est une poussière sèche, plus facile à sortir sèche qu'agglomérée en pâte.

La vitesse, qui compte moins qu'on ne croit

Contrairement au fraisage, la vitesse n'est pas le premier levier au taraudage. Un taraud avance d'un pas par tour, ce qui n'est pas négociable : l'avance est imposée par la géométrie, pas choisie. Ne reste donc que la vitesse de rotation, et elle agit surtout sur la température et sur l'usure, pas sur le résultat géométrique.

Les valeurs utilisables viennent du fabricant du taraud, pour sa nuance et son revêtement, croisées avec la matière usinée. Une table générique donne un ordre de grandeur, jamais un réglage. Le principe de calcul est le même qu'ailleurs : voir la vitesse de coupe et le calculateur.

Pas gros, pas fin : deux filetages sous le même M

Le M seul ne suffit pas à décrire un filetage. Chaque diamètre nominal a un pas dit gros, qui s'applique par défaut quand le plan écrit simplement M12. Mais le même M12 existe aussi en pas fin, et le plan l'écrit alors explicitement, M12 x 1,25 par exemple.

Le pas fin change trois choses. Le filet est moins haut, donc l'assemblage supporte moins bien un filetage abîmé. Le desserrage sous vibration est plus difficile, ce qui est l'intérêt principal. Et surtout, le diamètre de perçage change : la formule reste D moins P, mais P n'est plus le même.

Concrètement, un M12 à pas gros se perce à 10,25 tandis qu'un M12 x 1,25 se perce à 10,75. Un demi-millimètre d'écart, invisible à l'œil sur la pièce finie, et un filet qui ne tiendra pas si on s'est trompé.

Les autres filetages qu'on rencontre en atelier

Le métrique ISO couvre l'assemblage mécanique. Dès qu'un fluide passe, on tombe sur d'autres familles, et elles ne se mélangent pas.

BSP cylindrique, repère G

Filetage de tube britannique, angle de flanc de 55 degrés, normalisé ISO 228-1. Le diamètre reste constant sur toute la longueur.

Étanchéité : par un joint sur le raccord, jamais par le filet.

BSP conique, repère R

Même angle de 55 degrés, mais le diamètre varie sur la longueur.

Étanchéité : par serrage conique ou par un produit dans le filet.

NPT

Filetage de tube américain, angle de flanc de 60 degrés, toujours conique.

Étanchéité : conique, avec produit. Incompatible avec le BSP.

Le piège coûteux est là : un BSP conique vissé dans un taraudage NPT s'engage, se serre, et donne l'illusion d'un montage correct. L'assemblage fuira. La différence se lit à la jauge, 55 degrés contre 60, pas à l'œil.

Angles de flanc, désignations G, R et Rc, normalisation ISO 228-1 et EN 10226 : vérifié le 4 août 2026 sur guide des filetages de tuyauterie

Il existe aussi les filetages unifiés américains, UNC et UNF, à 60 degrés comme le métrique mais dimensionnés en pouces et comptés en filets par pouce plutôt qu'en millimètres de pas. Sur une pièce d'origine américaine, un taraud métrique du bon diamètre apparent va détruire le filet existant.

Tarauder à la main : le jeu de trois

Le taraudage manuel se fait avec un jeu de trois tarauds du même diamètre, qu'on passe dans l'ordre. Le premier a une longue entrée conique et n'ouvre qu'une partie du filet. Le deuxième reprend et approfondit. Le troisième, presque cylindrique, finit le filet jusqu'au fond et donne la cote.

Cette progression existe pour une raison mécanique : à la main, on ne dispose ni du couple ni de la rigidité d'une machine. Répartir le travail sur trois passages limite l'effort et le risque de casse. En trou borgne, le troisième taraud est indispensable, faute de quoi le filet reste conique en fond et la vis bute avant d'être en appui.

Le geste : un demi-tour en avant, un quart de tour en arrière pour casser le copeau, et on recommence. Ne jamais forcer sur une résistance qui monte, c'est le signal qu'un copeau bloque.

La filière, l'opération inverse

La filière fait sur un axe ce que le taraud fait dans un trou : elle crée un filetage extérieur. La confusion est fréquente parce que les deux outils vivent dans la même boîte, mais l'opération porte un autre nom. On taraude un trou, on filète un axe.

Le diamètre de départ suit une logique symétrique : là où le trou doit être plus petit que le nominal, l'axe doit être très légèrement plus petit lui aussi, pour laisser la matière fluer vers la crête du filet sans que la filière ne force. Un axe usiné exactement au diamètre nominal donne un filetage trop serré, voire une filière bloquée.

Réparer un filet abîmé

Un filet arraché ne se rattrape pas en repassant un taraud du même diamètre : il n'y a plus assez de matière pour reformer la crête. Trois voies existent, par ordre d'intervention croissante.

  1. Le filet rapporté. On réalèse le trou, on taraude au diamètre supérieur prévu par le système, et on visse un insert hélicoïdal en fil d'acier qui restitue le filetage d'origine. La pièce garde sa cote et sa vis d'origine. C'est la solution de référence, y compris en aéronautique où elle est utilisée en montage neuf sur les matières tendres.
  2. Le diamètre supérieur. Si le dessin le permet, on passe la fixation au diamètre au-dessus. Simple, mais ça change la vis, et souvent la pièce en face.
  3. Le bouchon rapporté. On perce, on emmanche un bouchon, on retaraude dedans à la cote d'origine. Lourd, mais c'est ce qui reste quand la position du trou est imposée.

Contrôler le filet obtenu

Un filet ne se contrôle pas au pied à coulisse. L'outil normal est le tampon fileté à deux extrémités : un côté qui doit entrer sur toute la longueur, un côté qui ne doit pas s'engager au-delà de quelques filets. Le premier vérifie que le filet n'est pas trop serré, le second qu'il n'est pas trop lâche.

Ce contrôle attrape ce que l'œil ne voit pas : un trou percé légèrement trop grand donne un filet qui accepte la vis sans difficulté et qui s'arrachera sous couple. Rien dans l'aspect ne le trahit.

Les quatre erreurs qui cassent les tarauds

  1. Le trou est trop petit. Le taraud doit enlever plus de matière que prévu, le couple monte, l'outil rompt en torsion. Cause numéro un.
  2. Le copeau bloque en fond. Mauvaise géométrie de goujure, ou réserve insuffisante sous le dernier filet.
  3. Le taraud n'est pas dans l'axe. Il attaque en biais, force d'un côté, casse en flexion. Fréquent en taraudage manuel.
  4. La rotation s'arrête en cours de filet. La reprise se fait sur un filet qui n'est plus aligné avec l'outil.

Que faire une fois que c'est cassé : voir taraud cassé dans la pièce.

Questions qui reviennent

Quel foret pour tarauder du M8 ?
Un foret de 6,8 mm. Le calcul est 8 moins 1,25 (le pas du M8 à pas gros), soit 6,75 mm, arrondi au foret normalisé le plus proche.
Que se passe-t-il si le trou est trop petit ?
Le taraud force, le couple monte et il casse, souvent en fond de trou borgne. Un trou sous-dimensionné est la première cause de taraud cassé.
Et si le trou est trop grand ?
Le filet est moins haut, donc l'assemblage tient moins. On perd de la résistance à l'arrachement bien avant de voir quoi que ce soit à l'œil.
Faut-il chanfreiner avant de tarauder ?
Oui. Le chanfrein guide l'entrée du taraud et évite le bourrelet de matière en surface, qui gêne ensuite l'appui de la vis.

Le foret, le taraud et le couple retenus pour cette pièce, c'est exactement ce qui se perd entre deux séries. Dans ToolPilot ils tiennent dans la fiche de réglage, avec la photo du montage.

Voir une fiche de réglage