Tarauder l'acier, l'inox, la fonte et l'aluminium

Le taraudage change surtout par la forme du copeau. L'acier fait un copeau long à évacuer, l'inox écrouit et durcit sous l'outil, la fonte fait une poussière abrasive, l'aluminium colle à l'arête. La vitesse n'est qu'une conséquence de ces comportements.

On résume souvent le taraudage par matière à un tableau de vitesses. C'est une erreur d'ordre : la vitesse découle du comportement du copeau, elle ne le commande pas.

Forme du copeau selon la matière Acier : copeau long et continu. Inox : copeau long avec écrouissage. Fonte : poussière abrasive. Aluminium : copeau qui colle à l'arête. Acier long, continu Inox long + écrouissage Fonte poussière abrasive Aluminium colle à l'arête
Le taraudage change d'abord par la forme du copeau, pas par la vitesse. Un copeau long se pilote par l'évacuation, une poussière abrasive par l'usure de l'arête, un copeau collant par la lubrification.

Acier

Le copeau est long et continu. Tout le problème est de l'évacuer avant qu'il ne s'enroule autour du taraud. En trou débouchant, on le pousse devant. En trou borgne, on le remonte, et sur les profondeurs importantes on fractionne la descente.

Inox

L'inox austénitique durcit là où il a été travaillé. Un taraud qui frotte sans couper crée une couche écrouie que le filet suivant devra traverser, plus dure que la matière d'origine. La conséquence pratique est contre-intuitive : il vaut mieux une avance franche qu'une avance timide, et surtout jamais d'arrêt en cours de filet.

Fonte

Le copeau est court et pulvérulent. Il ne pose pas de problème d'évacuation, mais il est abrasif et il use l'arête beaucoup plus vite qu'un copeau d'acier. La fonte grise se taraude souvent à sec, la poussière étant plus facile à sortir sèche qu'en pâte.

Aluminium

L'aluminium colle. Il s'accumule sur l'arête, forme une arête rapportée, et le filet obtenu devient rugueux puis hors tolérance. La parade tient dans la lubrification et dans une géométrie de taraud à grand dégagement, qui laisse la place au copeau au lieu de le comprimer.

C'est aussi la famille où former le filet sans copeau se justifie le mieux : sans copeau, le problème d'évacuation et de collage disparaît par construction.

La profondeur de taraudage dépend de la matière, pas de l'habitude

Voilà le point qui se joue à la conception et qu'on subit à l'atelier. La vis tire sur les filets, et un serrage trop fort peut les arracher. La profondeur utile n'est donc pas la même selon ce dans quoi on taraude.

  • Aciers durs, limite élastique supérieure à 640 MPa environ : une implantation de 0,8 fois le diamètre nominal suffit.
  • Aciers de construction, type S235 : 1,5 fois le diamètre.
  • Métaux tendres, alliages d'aluminium ou de cuivre : 2 fois le diamètre.

La norme AFNOR, elle, retient une fourchette de 0,5 D à 1 D. L'écart avec les valeurs ci-dessus n'est pas une contradiction : la norme donne un cadre, les valeurs par matière donnent ce qui tient réellement en service. Un repère utile pour s'en souvenir : un écrou standard est épais de 0,8 fois le diamètre nominal, précisément parce que sa matière est assez résistante pour s'en contenter.

Conséquence directe en préparation : la même vis M8 demande 6,4 mm d'implantation dans un acier traité et 16 mm dans une pièce d'aluminium. Sur un carter mince, c'est la différence entre un filetage qui tient et un filetage arraché au premier démontage.

Profondeurs d'implantation par famille de matière, fourchette AFNOR et épaisseur des écrous standard, relevées le 4 août 2026. Taraudage

Pourquoi vous ne trouverez pas de tableau de vitesses ici

C'est la première chose qu'on cherche, et c'est la plus mal servie sur le web francophone. Les tableaux qui circulent sont recopiés d'un site à l'autre sans source, et la page Wikipédia qui en publie un signale elle-même depuis 2011 que sa section manque de références.

La raison de fond est qu'une vitesse de coupe n'est pas une propriété de la matière. Elle dépend de la matière usinée et de la matière de l'outil, du type d'opération, de l'état de surface visé, et elle est plus élevée avec lubrification qu'à sec. Un même acier se taraude à deux vitesses très différentes selon qu'on emploie un outil en acier rapide ou en carbure.

La méthode rigoureuse porte un nom, le couple outil-matière, et consiste à déterminer vitesse, profondeur de passe et avance en cherchant le minimum de pression spécifique. En pratique dans un atelier, la bonne source est le catalogue du fabricant pour la référence d'outil exacte que vous avez en main, pas un tableau générique. Le nôtre est ailleurs : nous vous aidons à retrouver la vitesse que vous avez validée la dernière fois sur cette pièce.

Dépendance de la vitesse de coupe à l'outil, à la lubrification et au type d'opération, et méthode du couple outil-matière, relevées le 4 août 2026. Vitesse de coupe

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