Choisir un logiciel de gestion de production en usinage

Un logiciel de gestion de production se choisit d'abord par ce qu'on veut arrêter de perdre. Trois familles existent : les GPAO qui planifient, les ERP qui couvrent toute l'entreprise, et les outils de préparation qui gardent le savoir d'atelier. Elles ne se remplacent pas.

La question posée est presque toujours « quel logiciel ». La bonne question arrive avant : qu'est-ce qui coûte réellement cher dans l'atelier aujourd'hui.

Poste de contrôle dimensionnel : marbre en granit, colonne de mesure verticale, pièces usinées posées pour vérification.
Ce que fait un atelier se mesure, s'écrit et se range. Le logiciel arrive après cette question, jamais avant.

Trois familles, trois problèmes différents

La GPAO

Répond à : je ne sais pas où en sont mes affaires ni ce que je peux promettre comme délai.

Ne répond pas à : comment on avait réglé cette pièce la dernière fois.

L'ERP

Répond à : mes achats, ma facturation, mes stocks et ma production vivent dans des fichiers séparés.

Ne répond pas à : le détail du métier, qu'il faut souvent lui ajouter en développement spécifique.

L'outil de préparation

Répond à : le savoir de réglage est dans la tête du régleur et dans un classeur.

Ne répond pas à : la planification et la charge machine.

Ces trois familles portent des noms qui se recouvrent dans les brochures, et c'est là que se perdent la plupart des consultations. Autant fixer le vocabulaire.

GPAO, ERP, MES : ce que les sigles veulent dire

La GPAO, gestion de la production assistée par ordinateur, planifie ce qui doit être fait : les ordres de fabrication, les besoins en matière, la charge des machines, les délais. Elle raisonne en quantités et en dates. Son détail est développé sur la page GPAO.

L'ERP, progiciel de gestion intégré, couvre l'entreprise entière : achats, ventes, stocks, comptabilité, et la production parmi le reste. Son intérêt tient à l'unicité de la donnée d'un bout à l'autre. Sa limite est qu'il connaît mal les métiers particuliers, et qu'on lui ajoute le nôtre en développement spécifique, ligne budgétaire qui dépasse souvent la licence.

Le MES, pour manufacturing execution system, se situe entre les deux : il suit l'exécution en temps réel au pied des machines, remonte les temps, les arrêts et les quantités produites. C'est celui qu'on propose le plus volontiers avec des capteurs, et celui qui a le moins de sens tant que personne ne sait dire comment une pièce se règle.

Aucun des trois ne stocke ce que fait un régleur : quel outil, à quelle jauge, avec quelle origine, sur quelle machine. C'est le vide que l'outil de préparation occupe, et c'est pour cette raison qu'il ne concurrence aucun des trois.

La question à se poser d'abord

Avant de comparer des fonctionnalités, il faut nommer ce qui coûte cher aujourd'hui. Trois symptômes, trois familles.

  • « Je ne sais pas quoi promettre comme délai. » Le temps se perd en réunions de planification et en promesses tenues au jugé. Regardez du côté de la GPAO.
  • « Je ressaisis la même chose à trois endroits. » Le devis, la commande, le bon de livraison et la facture ne se parlent pas. C'est un sujet d'ERP.
  • « On refait le réglage à chaque relance. » Les délais tiennent, la facturation tourne, mais chaque série repart d'une mise au point. C'est un sujet de préparation, et aucune des deux autres familles ne le traitera.

Le piège est de reconnaître le troisième symptôme et d'acheter un outil qui répond au premier, parce que c'est celui dont tout le monde parle.

Ce qu'on paie, au-delà de la licence

Le prix affiché n'est jamais le prix payé, et les postes oubliés se ressemblent d'un projet à l'autre.

  • La reprise des données. Nettoyer un fichier d'outillage, dédoublonner des références, retrouver les prix réels. C'est du temps interne, rarement chiffré au devis.
  • Le paramétrage. Plus l'outil couvre large, plus il attend de décisions avant de servir à quelque chose.
  • La formation, deux fois. À l'installation, puis six mois plus tard quand les habitudes sont prises de travers.
  • La sortie. Rarement regardée à l'achat, décisive le jour où elle se pose. Un format d'export lisible se vérifie avant de signer.

Trois pièges de migration

  1. Reprendre l'existant tel quel. Si le fichier d'outillage actuel comporte des doublons et des références mortes, ils passeront dans le nouvel outil. La reprise se prépare avant, pas après.
  2. Acheter le périmètre le plus large. Un outil qui couvre tout se paramètre longtemps et se remplit rarement. Un périmètre étroit réellement utilisé vaut mieux qu'un large abandonné.
  3. Oublier l'opérateur. Un logiciel de production que seul le bureau des méthodes ouvre ne change rien à l'atelier.

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