Alésage : la cote, l'état de surface et le choix de l'outil

L'alésage est l'opération qui met un trou à sa cote finale et à son état de surface. Elle vise deux résultats mesurables : une dimension dans un intervalle de tolérance normalisé, et une rugosité compatible avec la fonction de la surface. L'outil se choisit d'après la qualité visée.

Percer fait un trou. Aléser lui donne sa cote. Entre les deux, il y a l'écart qui sépare un passage de vis d'un logement de roulement, et c'est cet écart qui fait tout le sujet.

Deux alésoirs machine posés en diagonale, goujures droites et arêtes de coupe visibles sur toute la longueur.
Deux alésoirs machine. Ils enlèvent quelques centièmes, pas davantage, et suivent le trou qu'on leur donne au lieu de le corriger.

Ce que veut dire aléser

Aléser, c'est usiner avec soin la surface intérieure d'un cylindre ou d'une pièce creuse, généralement ébauchée au préalable. L'opération poursuit deux objectifs, et les confondre mène à choisir le mauvais outil.

  • Calibrer la cote. Amener le diamètre dans un intervalle de tolérance normalisé, celui qu'écrit le plan.
  • Améliorer l'état de surface. Une surface qui frotte, qui reçoit un joint ou qui doit être étanche n'a pas les mêmes exigences qu'un trou de passage.

Ces deux objectifs se tiennent : on n'atteint pas la cote sans soigner les conditions de coupe, et les conditions qui donnent la cote donnent aussi la surface.

Définition, objectifs et qualités atteintes par type d'alésoir relevés le 4 août 2026 dans la fiche encyclopédique de référence, qui s'appuie sur les normes de qualité AFNOR. Alésage

Lire une cote d'alésage : ø 50 H7

Le plan n'écrit pas « 50 mm ». Il écrit une cote nominale, une lettre et un chiffre, et chacun des trois dit une chose différente.

  • La cote nominale, en millimètres : 50. C'est la dimension théorique, celle qui est commune à l'arbre et à l'alésage.
  • La lettre donne la position de l'intervalle de tolérance par rapport à cette cote nominale. Une majuscule désigne une pièce contenante, donc un alésage. Une minuscule désigne une pièce contenue, donc un arbre. C'est la convention la plus utile à retenir : H est un trou, h est un arbre.
  • Le chiffre donne la qualité, c'est-à-dire la largeur de l'intervalle. Plus il est petit, plus l'intervalle est serré, et plus l'usinage coûte cher.

Un ajustement s'écrit en collant les deux : ø 50 H7 g6 décrit un arbre en g6 monté dans un alésage en H7, à la cote nominale de 50.

Système de notation et convention majuscule/minuscule relevés le 4 août 2026. La norme en vigueur est ISO 286-1, dans sa version du 15 avril 2010. Ajustement (mécanique)

Les ajustements normalisés usuels

Quelques combinaisons couvrent la quasi-totalité des cas. Les connaître évite d'ouvrir la norme pour un montage courant.

Ajustements les plus employés, du plus libre au plus serré
BesoinAjustementCe que ça donne
Grand jeuH11 d11Pièces mobiles sans exigence, jeu franc et visible
Jeu usuelH8 f7Pièce tournante ou glissante, le cas le plus courant
Jeu précisH7 g6Mouvement de faible course, guidage précis
Montage à la presseH7 p6Démontage destructif, transmission d'effort
FrettageH8 u7Assemblage par dilatation, indémontable

Le glissement d'une ligne à l'autre ne se joue pas sur la cote nominale mais sur la lettre de l'arbre : d, f, g, p, u décrivent des positions successivement plus hautes par rapport au nominal, donc un jeu qui se referme, jusqu'au serrage.

Quel outil pour quelle qualité

Un trou percé sort typiquement dans les qualités les plus grossières, autour de 11 à 13. Chaque outil d'alésage a un domaine, et lui demander mieux que son domaine ne marche pas.

Qualité atteignable selon l'outil
OutilQualité obtenueRemarque
Perçage seul11 à 13L'ébauche dont part l'alésage
Alésoir droit8Le plus simple, sensible à l'entrée de coupe
Alésoir hélicoïdal7Évacue mieux, passe les trous interrompus
Alésoir diamant6La finition, sur des surépaisseurs très faibles

La barre d'alésage et la tête à aléser jouent dans une autre catégorie : elles sont réglables, donc elles rattrapent une cote quelconque au lieu d'être figées sur un diamètre. C'est ce qui les rend indispensables dès qu'on sort des diamètres normalisés, ou qu'il faut corriger la position du trou.

Un alésoir ne redresse rien, et c'est le point à comprendre

C'est la source d'erreur numéro un, et elle coûte des pièces entières.

Un alésoir droit ou hélicoïdal se monte flottant, dans un mandrin prévu pour cela. Ce montage lui permet de suivre le trou existant plutôt que de forcer contre lui. La conséquence est directe : l'alésoir ne peut en aucun cas corriger les écarts axiaux. Si le trou percé est de travers, il ressortira de travers, à la bonne cote.

Autrement dit, la position et la rectitude se jouent au perçage, pas à l'alésage. Un trou mal amorcé, un foret qui a dévié sur une peau de brut, une pièce qui a bougé dans l'étau : rien de tout cela ne se rattrape à l'outil suivant.

Quand la position doit être corrigée, il faut un outil réglable qui travaille en porte-à-faux depuis la broche : barre d'alésage ou tête à aléser. Celui-là est guidé par la machine, pas par le trou.

L'état de surface, la moitié qu'on oublie

La cote n'est qu'une des deux exigences d'un plan. L'autre est l'état de surface, et il ne se déduit pas de la tolérance : deux alésages au même H7 peuvent demander des finitions très différentes selon ce que la surface fait.

La normalisation range ces exigences par fonction plutôt que par valeur : frottement de glissement lubrifié, frottement à sec, étanchéité statique ou dynamique, ajustement fixe avec contrainte, surface destinée à recevoir un revêtement, surface de mesure, surface d'aspect. Chacune a ses attentes propres.

La conséquence pratique est simple : une surface qui reçoit un joint torique et une surface qui sert de portée de roulement ne se finissent pas de la même façon, même si le plan écrit la même tolérance dimensionnelle sur les deux.

Classement des fonctions de surface en spécification géométrique des produits relevé le 4 août 2026. État de surface (mécanique)

Les erreurs qui reviennent

  • Attendre de l'alésoir qu'il rattrape le perçage. Traité juste au-dessus, et c'est la plus coûteuse parce qu'elle ne se voit qu'au contrôle.
  • Confondre la lettre majuscule et la minuscule. Usiner un arbre en H7 au lieu d'un alésage, c'est se tromper de côté de la tolérance et obtenir un assemblage qui ne rentre pas, ou qui flotte.
  • Prendre la qualité pour une précision absolue. Le chiffre donne la largeur de l'intervalle, et cette largeur dépend de la dimension : un H7 sur ø 10 et un H7 sur ø 200 n'autorisent pas le même écart en millimètres.
  • Aléser à la vitesse du perçage. L'alésoir enlève très peu de matière et travaille sur toute sa longueur ; les conditions ne se déduisent pas de l'opération précédente. Le raisonnement est le même que pour tout outil, voir vitesse de coupe.

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L'ajustement retenu, l'outil qui l'a donné et la surépaisseur laissée à l'alésoir : ces trois-là se retrouvent à chaque nouvelle série, et se cherchent à chaque fois.

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